Nos archives municipales regorgent de petites pépites…en voici une !

Nos archives municipales regorgent de petites pépites…en voici une !

3 juillet 2026 0 Par Lou

Qu’est-ce que la « taxe du pain » ?

Il ne s’agit pas réellement d’une taxe, mais d’une mesure de réglementation du prix du pain. Les autorités municipales fixaient un prix maximal afin d’encadrer son coût et de garantir son accessibilité à la population.


Remontons aux origines

Rappelons tout d’abord la journée du 5 octobre 1789, lorsque la foule affamée, composée en grande majorité de femmes, se rend à Versailles pour ramener « le boulanger, la boulangère et le petit mitron », en scandant : « On veut du pain ! On veut du pain ! »

 

© Le Petit Journal

 

À partir de 1791, afin de prévenir les famines, les émeutes populaires et la spéculation, les municipalités réglementent le prix de vente du pain. Les maires fixent un prix maximal en tenant compte du cours local du blé et de la farine, tout en garantissant au boulanger une marge bénéficiaire déterminée.


1863 : vers la liberté du prix du pain

Le décret impérial de 1863 met fin au régime de taxation du pain en consacrant la liberté de la boulangerie. En Gironde, comme dans le reste du pays, la taxe officielle cesse d’être obligatoire et laisse place à la libre fixation des prix selon les règles du marché.

 

© Getty – Boulangers en train de faire du pain en 1875 en France

 


Pourtant, en 1898…

En Gironde, les municipalités ont encore recours à une « taxe officieuse ». Tous les quinze jours, le maire publie le prix du pain fixé par le préfet. Gare aux boulangers qui ne respecteraient pas ce tarif : le maire brandit alors la menace d’ouvrir une boulangerie municipale ! Les boulangers sont tenus de fabriquer et de mettre en vente les trois catégories de pain suivantes :

  • 1ère qualité : le pain blanc : farine de première qualité (dit « pain Cô »)
  • 2ème qualité : le pain bis-blanc ou blanc bourgeois (facture de qualité intermédiaire)
  • 3ème qualité : le pain bis : mélange de farines et reconnaissable à sa couleur « grise »

Fortes tensions sur le marché des céréales

Toujours en 1898, les mauvaises récoltes et les barrières douanières entraînent une forte hausse du prix des céréales et de la farine. En Gironde, cette situation suscite d’importantes tensions entre :

  • Les syndicats de boulangers : Ils réclament la liberté de fixer leurs prix afin de faire face à l’envolée du coût de la farine.
  • Les municipalités : Elles cherchent à maintenir un pain à un prix abordable pour les ouvriers et les viticulteurs du département.

Extrait d’un article de Joseph Benzacar, Éclaircissements sur les finances de Bordeaux (XVIIIe siècle — 1701-mai 1791), Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, 1916, p. 271-283. L’augmentation de la taxe du pain décidée par la municipalité avait, dès le 7 mars 1793, provoqué des troubles dans la ville. Le 26 avril, dans une lettre adressée au citoyen Jean-Louis Carra, député de la Convention, la municipalité décrit ainsi la situation alarmante de la cité :

Dans les allarmes continuelles à raison de la disette des subsistances, ne vivant plus qu’au jour le jour, incertains la veille si nous aurons du pain pour le lendemain, nos boulangers assaillis par la foule prodigieuse des citoyens agités par la crainte de manquer, les campagnes voisines refluant vers la ville et la démunissant, soit de pain, soit de grains, voilà les tourments qui déchirent depuis longtemps les administrateurs de cette grande cité… Nous sommes dans les angoisses les plus cruelles ; la disette se fait sentir d’une manière effrayante dans ce département qui n’étoit alimenté, et qui n’alimentoit ses voisins, que par ses rapports avec l’étranger et que nos ennemis ont détruit. Nous en sommes venus à la nécessité de prolonger nos approvisionnements par des mélanges de grains de toute espèce, et si cette ressource nous manquoit encore, quelle seroit celle qui pourroit nous rester !


1987 : Liberté du prix du pain

Hérité de l’Ancien Régime, le système de contrôle des prix continue de sévir jusqu’en 1987, où le prix du pain devient totalement libre sur tout le territoire.

 


Taxe du pain
[… ] quinzaine de juin 1863

 

Nous, Maire de la commune de Saint-Loubès, giroise,

Vu la circulaire de M. le Préfet de la Gironde, en date du 18 octobre 1853,

Vu l’arrêté de M. le Maire de Saint-Loubès, notre prédécefreur, en date du 22 du même mois d’octobre,

Vu l’arrêté de M. le Maire de la ville de Bordeaux, fixant le prix du pain pour la seconde quinzaine du mois de juin ;

Considérant que le prix du pain fixé par notre arrêté […] du courant et toujours en rapport avec le prix des marchés régulateurs et qu’il y a lieu de maintenir la taxe, Avons arrêté :

Art. 1er

Le prix du pain, pour la seconde quinzaine du mois de juin courant, et fixé ainsi qu’il suit, savoir :

0,36 […] b kilo.

Pain de première qualité, dit cô,
id. de deuxième qualité, dit intermédiaire,
id. de troisième, dit bis . . . . 0,28 […]

Art. 2e 

Cette taxe sera exécutoire à partir de demain 19 juillet jusqu’au 4 août prochain, exclusivement.

Art. 3e

Un extrait de ce présent arrêté sera immédiatement notifié à chaque boulanger de notre commune et demeurera affiché dans l’endroit le plus apparent de sa boutique.

Fait à Saint-Loubès, le 18 juillet 1863.
Pour le Maire,
l’Adjoint délégué,


© Extrait du registre des arrêts municipaux de Saint-Loubès 1861- 1863. Le maire M. Eymon.


Par Lou & Daisy