Des racines profondément ancrées à Cavernes

Des racines profondément ancrées à Cavernes

Si on veut vraiment parler de Saint-Loubès, moi qui suis un loubésien, né à Saint-Loubès, baptisé, marié et vivant toujours à Saint-Loubès, il y en aurait pour des heures et des heures, à parler de choses et d’autres !” C’est par ces quelques mots que démarre notre rencontre avec Noël Debande et que nous plongeons avec nostalgie et promesse à travers ses souvenirs…


Cavernes : un village chaleureux et dynamique

L’histoire commence près de Cavernes, au cœur des Valentons : né en 1954, ce quartier, symbole de son enfance où il passe les 15 premières années de sa vie, regorge d’anecdotes de commerçants, de fêtes de village et de souvenirs d’école, comme s’ils dataient d’hier… “Tout d’abord, à 5 ans, je suis allé à l’école maternelle de Cavernes avec l’institutrice Mme C. et j’y suis resté en cours préparatoire pendant un an, avant d’aller à l’école des filles puis à l’école des garçons. C’était notre lieu de vie. Le maire de l’époque, M. Courbin, habitait au port de Cavernes. Il était aussi chirurgien-dentiste à Saint-Loubès : c’est le premier maire que j’ai connu bien qu’il y en ait évidemment eu d’autres avant lui !

Les fêtes communales rythment chaque année le quotidien des habitants qui les attendent avec impatience. “Il y avait la fête de Cavernes, qui était à l’époque, toute aussi importante, voire davantage, que celle de Saint-Loubès, avec son char décoré par les commerçants. C’était très joli car la fête commençait à l’entrée de l’avenue de Cavernes, et allait jusqu’à la plaine, c’est-à-dire le port. Au fond, il y avait le bal, les auto skooters, et puis, tout du long, les commerces, les stands de tir et bien d’autres choses encore. C’était une très belle fête !”.

 

Fête de Cavernes 1989 – Départ course cycliste

 

Les habitants de Cavernes, le comité des fêtes et ses commerçants sont très investis dans la préparation et l’animation de ce rendez-vous incontournable de la commune et du quartier. La liste de ces commerces marquants est fournie : “Il y avait 2 bars dont les Charmilles, à l’entrée de Saint-Loubès (sur la route de Saint Vincent de Paul), et l’épicerie/bar qui disposait de tout, tenue par deux sœurs célibataires : les dames Valentine. Tout à côté il y avait le coiffeur chez qui mes parents m’emmenaient et puis aussi un boucher/charcutier dont le nom m’échappe. Aujourd’hui, il ne reste plus que le Coq Sauvage.

Des petits rituels de la vie quotidienne, il en est un qui a disparu de nos routines actuelles : “Je me souviens que tous les 2 ou 3 jours, on allait chercher le lait avec notre bidon chez M. Pelletan, l’éleveur de vaches à l’entrée de Cavernes, sur l’avenue, ou bien chez la famille Levielle, un autre propriétaire exploitant qui se trouvait à la sortie, sur la route de Saint-Loubès, à l’angle de la route du Gary. Les bâtiments existent toujours bien que des appartements y aient été aménagés aujourd’hui”. Le port de Cavernes est quant à lui de moindre importance et n’offre alors que peu d’activités. On y trouve cependant quelques pêcheurs professionnels (3 ou 4) tels que M. Lourteau, dont l’épouse vendait le poisson en vélo, tant les voitures étaient encore peu utilisées dans les années 60.

 

Un patrimoine marqué par l’Histoire

 

Il y avait l’usine de Cavernes. Avant ma naissance, elle avait été bombardée lors de la deuxième guerre mondiale. Nous, on allait jouer dedans parce que c’était abandonné. Elle s’appelait l’usine Lachel : elle stockait des carburants qui arrivaient par la rivière et qui repartaient par camions. Mais ça, je ne l’ai pas connu, c’est bien avant moi, c’est après guerre ! Il y avait un appontement qui a été démantelé lors de la construction du club nautique de Saint-Loubès). Nous allions y jouer au risque de nous faire fâcher car c’était dangereux. Mais c’était un très bel appontement…”. De cette période, il demeure peu de vestiges du passé : les deux ancres du port de Cavernes en font partie. En effet, elles viennent des bateaux qui accostaient il y a des années sur ce fameux appontement. Elles ont toutes deux été repêchées puis déposées sur la plaine du port de Cavernes. Plus récemment, ce sont deux bouées qui ont également été sorties de l’eau puis exposées en souvenir à leurs côtés. 

À la suite des bombardements et après la guerre, de nombreuses maisons situées le long du port ont dû être entièrement reconstruites. C’est d’ailleurs dans l’une de ces maisons que se tenait un rendez-vous particulièrement important qu’il valait mieux éviter de manquer : “Le jeudi après-midi nous allions au catéchisme chez Mesdames Simpson et Violet. Même si on préférait aller galoper avec les copains et qu’on y allait un peu à reculons, elles étaient très gentilles. Elles étaient bénévoles et nous faisaient les leçons.” L’école et l’église sont très liées et l’abbé Bordery veille au grain : “On n’avait pas intérêt à manquer le catéchisme sinon c’était répété au directeur et quand on rentrait…c’était très sévère !”.

La route de la barrière (allant de Saint Vincent de Paul à Cavernes puis de Cavernes à la route de Saint-Loubès), axe principal de la commune, regroupe quant à elle l’intégralité des maisons en pierre jusque dans les années 80. “Là, il n’y avait que des petits propriétaires : la famille Baudet en allant vers la gare, Jacquet et puis tant d’autres ! Vers La Palue il y avait de l’élevage de vaches, des vergers, peu de vignes et leurs propriétaires : Lavergne par exemple… La digue n’existait pas et lors des grandes marées il y avait d’importantes inondations. La route pouvait être pratiquement recouverte lors des gros coefficients : tout était blanc ! Mais comme le marais  était très bien entretenu, ça montait vite mais ça refluait tout aussi vite, ça ne restait pas. On ne gardait que l’eau que nous voulions !”.

 

Inondation à Cavernes en 1922

 

L’agriculture est très présente sur le territoire : les terres sont principalement dédiées à la viticulture et aux vergers et les agriculteurs transmettent pour la plupart leur savoir, de génération en génération “C’était le cas pour les Meynard, les Ducourneau…”. Jusque dans les années 60, l’utilisation par les viticulteurs d’animaux de trait comme les chevaux est encore très répandue “Nous les gamins, on montait dans la charrette, ils nous emmenaient un peu plus loin, on faisait des petits trajets avec les chevaux ou les mules. Puis, dans les années 60, les premiers tracteurs sont arrivés”.

 

Des figures locales emblématiques

 

Pour poursuivre sa scolarité, il faut ensuite monter à pied à Saint-Loubès pour rejoindre l’école des filles, alors dirigée par Mme Hersant, “très charmante et très gentille !”. Le trajet de 3 kilomètres pour s’y rendre se fait collectivement et dans la bonne humeur : “Nous les gamins, on partait ensemble et on montait, on passait l’ancienne barrière de Saint-Loubès, puis la côte de l’église, on montait les marches et on arrivait à l’ancienne Poste de Saint-Loubès, à l’angle. Ensuite, on prenait la rue principale et cette rue, c’était notre joie, car quand on arrivait là, il y avait plein de petits commerces ! Il y avait en face Mme Barre avec sa fille Mme Teynat qui tenaient un grand magasin de papeterie et autres. Puis on tournait sur le trottoir et là, tout de suite, il y avait un petit magasin tout en longueur de papeterie et de bien d’autres choses : on s’y arrêtait souvent. Elles avaient des bocaux en verre qui nous tentaient car ils étaient juste derrière la vitrine. C’était les dames Mondon. Elles avaient un vieux magasin qui donnait sur l’arrière de l’église, dont elles possédaient les clefs et s’en occupaient beaucoup avec Monsieur le curé. Plus loin, il y avait aussi “le charentais”, M. et Mme Dupuy. qui tenaient une boulangerie, Mme Baudy, la marchande d’articles de laine, la boucherie de M. Duverger, l’hôtel-bar restaurant Chez Barron, la boulangerie Sarazin qui a toujours existé et où on s’arrêtait acheter des chocolatines. Sitôt la boulangerie passée, il y avait la pharmacie Portalier puis l’impasse du Prieuré qui descendait vers des lotissements, et à l’angle de l’impasse,  en traversant, il y avait la station service tenue par M. et Madame Dupuy.. Il y avait 2 vieilles pompes sur le trottoir . Je me souviens qu’ils avaient une Traction qu’ils ont gardée longtemps ! Ensuite, il y avait une maison bourgeoise qui appartenait au docteur Bréant. avant d’arriver à la maison du garde-champêtre. et plus loin du directeur : à l’époque, M. et Mme Ricard qui habitaient dans des logements de fonction.

 

Photo de classe par H. Bernatets

L’enseignement primaire élémentaire est à cette période sanctionné par le certificat d’études qui, en termes de niveau, correspondrait aujourd’hui au brevet des collèges (avec des épreuves un peu plus faciles, d’un niveau cinquième). “À cette époque, il n’y avait pas encore de sixième à Saint-Loubès. C’était le certificat d’études. Après il fallait aller dans d’autres classes pour ceux qui voulaient continuer. Et les garçons n’étaient pas mélangés aux filles : on ne se côtoyait jamais, hormis une fois en fin d’année, dans la salle Max Linder (qui, à l’époque, était encore un cinéma), pour les vacances de Noël et du premier de l’an. On nous projetait un film de Laurel et Hardy et on nous servait une collation avec du chocolat !”.

Que ce soit dans la cour de récréation ou dans le réfectoire, garçons et filles ont interdiction de se croiser et gare à celui ou celle qui tente de braver les règles. “J’avais mes petites cousines qui étaient gamines (j’étais plus âgé qu’elles) et parfois, j’allais jeter un coup d’œil pour les voir. Et puis comme j’étais un garçon, ça me plaisait d’aller faire mon petit tour et de faire le malin. Mais je demandais toujours l’autorisation à Mme Pasquier, la dame du garde-champêtre. Elle était la responsable en cuisine de la cantine scolaire de ces années-là, 66-68 et puis à suivre… Ensuite, ce fut M. Blasquez.

En dehors du football, le sport n’occupe pas une très grande place dans le quotidien des écoliers, mais d’autres activités le ponctuent, grâce notamment à des figures locales dévouées. “Mme Court, la femme d’un artisan plâtrier bien connu de Saint-Loubès, qui habitait à l’entrée de l’impasse qui part des arceaux et qui remonte vers l’école des filles, faisait de la musique et jouait beaucoup de violon. Elle venait nous accompagner au violon dans nos chants : ça je m’en rappelle comme si je l’entendais encore ! Avec la Directrice et les institutrices, elle nous occupaient : par exemple, au printemps, elle nous faisait dépiauter les fleurs de lilas, on les emboitait dans un fil et on en faisait des colliers de fleurs. Tout cela, ça m’a marqué. Il y avait aussi 2 énormes tilleuls, et au moment des examens du mois de juin, il y avait moins d’instituteurs. Alors, pour nous occuper les après-midi, quand il faisait chaud, le garde champêtre venait, coupait des branches et nous faisait dépiauter les fleurs à l’ombre de l’arbre.

 

Entre vocation, noyau familial et clin d’œil du destin

 

Au milieu des années 60, avec l’arrivée massive des rapatriés de la guerre d’Algérie, le nombre d’enfants à Saint-Loubès augmente fortement et les écoles ne suffisent plus. Des classes dites d’attente sont alors mises en place pour pallier ce manque : “Lorsque en 1968, à 14 ans, j’ai obtenu mon certificat d’études, j’ai suivi deux classes d’attente parce que l’âge légal d’entrée en apprentissage venait de passer à 16 ans. Pour faire de la place à ces jeunes gens qui arrivaient, on est allés sous la salle Max Linder : il y avait deux classes tenues par M. Smag et Mme Morena. Il y avait aussi deux autres classes un peu plus loin que la rue Saint-Aignan, derrière le presbytère”.

Grâce au bouche-à-oreille et aux connaissances de son père, Noël décroche un contrat d’apprentissage de 3 ans chez M. Tillet, à Cavernes, pour devenir menuisier. “J’étais payé 15 francs par semaine, que je recevais le samedi ! J’allais travailler toute la semaine et le jeudi j’allais en cours en mobylette avec les copains, dans l’école de garçons de Carbon-Blanc. On y suivait les cours théoriques d’apprentissage. J’ai passé mon CAP fin Juin 1973 mais M. Tillet m’a gardé jusqu’en juillet 1974, date de début de mon service militaire”.

Après une année de service militaire obligatoire, et grâce une nouvelle fois aux relations de ses parents sur la commune, il quitte la menuiserie pour rejoindre un artisan ébéniste qui accepte de le former. Au même moment, le bar des Charmilles, alors dirigé par Mme Cornet, subit un terrible incendie : il n’en reste plus rien, il faut tout refaire ! “Mon père a pris les choses en main. Il a mobilisé du monde dans les commerces, dans les bars, auprès des habitants de Cavernes, des gens du coin. Ils ont récupéré du matériel et à l’initiative de papa, ils ont refait ce bar avec l’accord du maire d’alors, M. Roux. Ils l’ont reconstruit en préfabriqué et elle a pu y travailler pendant 5 ou 6 ans avant de le refaire à neuf. Elle a alors commandé un nouveau comptoir de bar et l’entreprise qu’elle a sollicitée est celle où je suis rentré”.

La boucle est bouclée : il travaillera ainsi avec plaisir et passion pendant 35 ans pour cette entreprise basée dans le quartier de Bordeaux Bastide et spécialisée dans la réalisation de comptoirs de bars.

Voilà l’histoire de mon parcours de Cavernes. C’est parti de Cavernes. La base est à Cavernes. Toujours.