Entre craies et clefs : le parcours de Nicole
Née en 1944, Nicole Granger passe son enfance et sa scolarité dans la commune de Saint-Sulpice-et-Cameyrac, jusqu’à son mariage en 1967. Les familles Granger et Dupuy (Henri) se fréquentent de longue date. C’est ainsi que naîtront les liens entre Nicole et Jackie Dupuy, le fils d’Henri.
Dans les années 1920, Henri Dupuy possédait un garage à Saint-Loubès. Il s’agissait d’un bâtiment en bois, situé près de l’actuelle agence de voyage, et détruit il y a quelques années. Henri Dupuy épouse Yvonne Gassie en 1927. Jackie naît en 1937 dans la maison familiale, située dans la rue principale de Saint-Loubès, maison dans laquelle Nicole nous accueille aujourd’hui.
- © Famille Dupuy
- © Famille Dupuy
Les années collège et les liens avec la famille Dupuy
Nicole se souvient qu’elle connaissait quelques Loubésiens qui prenaient le train avec elle pour se rendre au collège (CES) de Bassens : « J’allais à vélo retrouver ma copine, dont les parents étaient garde-barrières au lieu-dit le Gary. » Ils possédaient un poulailler ; Nicole se rappelle avoir apporté un poulet à la famille Dupuy.
Après son baccalauréat, Nicole délaisse son vélo au profit d’un Solex et donne des cours à quelques jeunes Ambarésiens. Cela lui donne l’occasion de passer et de s’arrêter discuter au garage Dupuy. Elle nous confie : « Je pense qu’à l’époque, il s’intéressait à moi plus que je ne m’intéressais à lui ; il faut dire qu’il avait sept ans de plus ! »
Sa première voiture : une 2 CV !
Lorsqu’elle obtient son permis de conduire en 1965, Jackie Dupuy se présente chez elle accompagné d’un vendeur Citroën, bien décidé à lui vendre une voiture neuve. « Mais nous ne nous connaissions que de vue avec Jackie », confie-t-elle. Finalement, son père achète une 2 CV marron d’occasion à M. Reneaudon.
Le bal de Saint-Germain-du-Puch… là où tout commence !
En 1966, le père de son amie les emmène au bal de Saint-Germain-du-Puch. C’est le début du twist, et quelques jeunes s’y essaient : « Avec ma copine, nous nous sommes approchées et nous nous sommes retrouvées à côté de Jackie ». Le père souhaitait rentrer tôt, mais Nicole n’était pas du même avis. Avec un aplomb qu’elle ne se connaissait pas, elle trouve une astuce pour se faire raccompagner par Jackie. C’est le début de leur histoire…
Lors du retour, dans l’Ami 6 de Jackie (sortie en 1966), Nicole se souvient : « Moi qui ne parie jamais, je me suis amusée à faire ce pari : “Le levier de vitesse de la voiture de Jackie est différent de celui de la voiture de mon voisin.” Il se jouait une place de cinéma ! »

© Auto-Forever – Citroën Ami 6
Peu après, Jackie part à Paris au Salon de l’Automobile et lui envoie une carte postale. Lorsque Nicole vérifie et constate son erreur à propos du levier de vitesse, elle va le voir. Ils vont donc ensemble au cinéma. « Et je vous le donne en mille : qu’est-ce que nous sommes allés voir ? Un homme et une femme de Claude Lelouch… Et c’est parti comme ça », nous dit-elle avec beaucoup d’émotion.
Le mariage
À cette époque, les fiançailles avaient lieu à Pâques, pour un mariage célébré à la Toussaint. Pour Nicole et Jackie, ce sera finalement le 15 juillet 1967 : Nicole a alors 23 ans, Jackie 30 ans.

© Famille Dupuy – Portrait de Jackie
Le couple s’installe à Saint-Loubès, au deuxième étage de la maison familiale, dans laquelle Nicole vit toujours aujourd’hui. Deux enfants viendront égayer cette maison, en 1969 puis en 1970. « Je plaisais bien à ma belle-mère. J’allais travailler à l’école, je revenais et me mettais les pieds sous la table ; elle s’occupait des enfants avec une nounou. J’ai toujours habité cette maison. »

© Famille Dupuy – Yvonne devant la maison familiale
Ses années d’institutrice…
…et ne pas dire « professeur des écoles », insiste-t-elle !
En 1967, Nicole enseigne à Vendays-Montalivet et rentre le jeudi à Saint-Loubès. À la fin de l’année scolaire 1967, elle emprunte le pont d’Aquitaine, nouvellement inauguré. En septembre 1967, elle effectue un stage de trois mois avec Mme Chabry, à l’École Normale de Caudéran. Nicole est alors en situation dans la classe enfantine de Saint-Loubès, où travaillent déjà Mesdames Hersant, Lafon, Déris et Smaghue. Mme Chabry, quant à elle, enseigne dans la classe de fin d’études primaires (certificat d’études), installée dans la salle des mariages de la mairie. Le collège (CEG, de la 6e à la 3e), dirigé par M. Ricard, date quant à lui de 1964.
À la rentrée 1968-1969, Nicole occupe un poste de remplaçante au collège de Saint-Loubès. Elle enseigne les mathématiques en sixième, les sciences naturelles en cinquième et quatrième, ainsi qu’une heure de garderie en troisième. Cette année-là voit la création d’une deuxième classe de sixième. À la rentrée 1969, après son congé maternité, elle est affectée avenue Thiers, dans une école primaire de garçons (les garçons et les filles étant alors séparés). Puis, de septembre jusqu’à la Toussaint 1970, elle enseigne à Saint-André-de-Cubzac.
Pour l’année scolaire 1971-1972, l’école des garçons se situe dans des préfabriqués installés derrière le collège. Nicole y enseigne en CP et en CE1. En 1972, M. Ricard prend sa retraite et est remplacé par M. Durieux, tandis que M. Court devient directeur de l’école primaire. À Paul-Jean-Toulet, Mme Hersant part également à la retraite et Mme Lafon en prend la direction. Il y a alors une classe de CP-CE1-CE2, tandis que chez M. Court se trouvent les classes de CE2-CM1 et CM2. On y compte notamment Mmes Smaghue, Sapis… C’est à la rentrée scolaire 1972-1973 que les classes deviennent mixtes. C’est également l’année de l’ouverture de l’école maternelle.
Nicole restera à Paul-Jean-Toulet jusqu’en 1981. Elle y côtoie Mesdames Delair, Lafon, Labracherie, Dégueuil, ainsi que M. Labracherie. « Tout cela mis bout à bout, ça m’a fait quinze ans d’enseignement. »
À partir de 1981, elle travaille dans le garage de son mari.
Le garage
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Henri circule avec des voitures « à gazogène ». À cette époque, l’essence était réquisitionnée pour l’armée et les civils devaient redoubler d’ingéniosité pour continuer à rouler, ainsi, une voiture à gazogène était un véhicule équipé d’une chaudière portative qui fabriquait son propre carburant en transformant du bois ou du charbon en un gaz inflammable capable de faire tourner le moteur à la place de l’essence.

© Famille Dupuy – Véhicule à gazogène
Il assure aussi bien le service de taxi que le transport de bétail : il peut, par exemple, convoyer un cochon le matin et conduire un couple de mariés l’après-midi ! Sa belle-mère n’a pas le permis, ce qui ne l’empêche pas d’aller à Bordeaux pour faire le ravitaillement, notamment en pétrole pour les lampes. Jackie fait le pitre à l’arrière, ou lui fait peur en guettant les voitures qui suivent.
- © Famille Dupuy – Garage (1946)
- © Famille Dupuy – Saint-Loubès Garage
Henri achète un deuxième garage à Saint-Loubès. Nicole ne se souvient plus exactement de l’année. Jackie, lui, fréquente le collège technique, puis travaille chez un mécanicien à Bordeaux jusqu’à l’âge de vingt ans. Parti en Algérie pendant vingt-sept mois, il ne rentre à Saint-Loubès qu’une seule fois durant cette période.

En 1962, âgé de vingt-cinq ans, il s’installe au garage aux côtés de son père.
La maison familiale se transforme en magasin, dans lequel les Loubésiens peuvent trouver tous les accessoires pour l’automobile (huile, essuie-glaces, liquide de refroidissement, etc.).

© Archives municipales (Saint-Loubès)
Les pompes à essence, installées devant la maison familiale depuis au moins 1931, disparaissent en 1982.
- © Famille Dupuy
- © Famille Dupuy
Les vacances
Nicole partait une fois par an avec ses enfants dans les Pyrénées, où son mari les rejoignait pendant une semaine. Elle se souvient encore du choc pétrolier de 1973 qui obligea Jackie à revenir en urgence à Saint-Loubès : son père, Henri, ne pouvait plus gérer seul les pompes et modifier les tarifs qui changeaient d’un jour à l’autre.
La station
Après le décès de Jackie en 2002, Nicole reprend la gestion de la station avec l’aide de son fils et de sa belle-fille, avant de la céder définitivement à l’un de ses fils en 2006. Elle se consacre alors pleinement à ses deux petites-filles. Elles passent leurs vacances ensemble, que ce soit sur l’île de Ré, l’île d’Oléron ou encore au Pays basque. Au retour de l’école, une fois les devoirs terminés, elles regardent ensemble Dora l’exploratrice.
Aujourd’hui, Nicole aime toujours autant conduire. Elle mène une vie tranquille, entourée de ses enfants et petits-enfants. Sur la table de sa salle à manger, elle a installé une grande mappemonde qui lui permet de « voyager » au gré de ses envies avec ses petites-filles.
Nous remercions Nicole pour son accueil chaleureux, ses souvenirs évoqués et partagés avec émotion.
Lou et Ermine






