Par une si belle journée d’automne…

Par une si belle journée d’automne…

20 octobre 2025 0 Par Lou

Qui se souvient de ce cerf, majestueux, portant fièrement ses bois, traversant les près (et parfois malheureusement les routes) ?


Moi je me souviens ! J’habitais alors le Livey. C’était le bout du village, la nationale continuait vers Izon. Un pré d’un côté, de l’autre, le parc de la maison « Peychaud », le long du chemin que nous appelions « le chenal » parce que sans doute M. Chenal y vécut. Le cerf, paradait tous les matins, très tôt. Il venait sûrement des palus ou du Réau, ou bien encore du Captour. Nous le regardions passer avec nos yeux d’enfants émerveillés par tant de prestance. Le soir il repassait en sens inverse rejoindre sa demeure. Où allait-il dans la journée ? Chercher des congénères, trouver un autre lieu, se réfugier ailleurs, je ne sais pas ! Ces visites ont duré toute une année. Il avait élu domicile dans les marais et s’y trouvait sans doute bien. On en parlait dans le village, et nous, les enfants ,nous avions peur que les chasseurs le trouvent.

C’est en novembre 1965 que le drame arriva. C’était pourtant une belle journée d’automne qui s’annonçait. Notre magnifique animal, en traversant la route de Libourne, s’est retrouvé sur le toit d’une voiture. Dans le choc, les vertèbres cervicales se brisèrent. Je ne sais pas si le conducteur fût blessé, mais moi j’ai pleuré ce « compagnon ». L’autopsie a montré qu’il était dans l’incapacité de procréer. Malheureusement pour lui, la harde est impitoyable et rejette celui qui ne sera pas en mesure d’assurer la continuité de l’espèce.

Qui l’avait abandonné ? Une harde des forêts poitevines, ou des forêts landaises lesquelles furent repeuplées après-guerre d’animaux provenant de Chambord ? Nous ne le saurons jamais. Il a sans doute parcouru de grandes distances, pour enfin trouver refuge dans notre commune.

Connaissant cette triste destinée, il n’eut que plus de valeur à mes yeux. Il se peut que je ne fusse pas la seule à l’apprécier, car sa tête orna la salle du conseil municipal durant plusieurs années… Où est-il à présent ? Sans doute il vaut mieux que je ne le sache pas. L’émotion est toujours là en écrivant ces quelques lignes… 60 ans après…

 

© Yves Noël – Salle du Conseil Municipal