Petite histoire de la Place de la Halle

Petite histoire de la Place de la Halle

3 octobre 2025 0 Par Lou

En lien avec l’édition 2025 des Journées du Patrimoine, dédiée au patrimoine architectural, l’équipe des Mémoires Loubésiennes s’est intéressée à l’histoire de la place de l’Hôtel de Ville et de ses halles, à travers un travail collectif de recherche présenté dans cet article…


~ Bref rappel historique :

  • 1789 : Création des mairies par l’Assemblée Nationale Constituante
  • 1791 : Naissance des garde champêtres qui ont un pouvoir de police administrative
  • 1884 : La loi toujours en vigueur, fixe l’organisation municipale. Le conseil municipal est élu et le maire est lui-même désigné par les conseillers municipaux
  • 1929 : Le mandat du maire est porté à 6 ans. Il n’existe aucune limitation stricte concernant le nombre de mandats successifs qu’un même maire peut exercer dans une commune française.

 

Saint-Loubès (Gironde) – L’Hôtel de Ville

 

Liste des maires successifs :

  • 1833 à 1849 : Antoine EYMOND
  • 1891 à 1909 : Hector DUCAMP
  • 1958 à 1971: Simon COURBIN
  • 1971 à 2008 : Serge ROUX
  • 2008 à 2020 : Pierre DURAND
  • 2020 à aujourd’hui : Emmanuelle FAVRE

 


~ Remontons le temps jusqu’en 1740…

À cette époque, Louis XV règne sur la France. Les échanges de voyageurs et de marchandises entre Libourne et Bordeaux s’effectuent principalement par la Dordogne, jusqu’à Cavernes. De là, les voyageurs poursuivent leur trajet vers Lormont, soit en voiture à cheval, soit à pied. Les chemins empruntés passent par l’actuel quartier du Gary ou par la route menant à Saint-Vincent-de-Paul.

Situé entre Libourne et Bordeaux, Saint-Loubès est directement concerné par la construction de la route royale, tracée sur l’actuelle avenue de la République. Cette nouvelle voie facilite non seulement les échanges, mais entraîne également de profondes transformations de l’urbanisme loubésien, élargissant le bourg jusque-là concentré autour de l’église.


~ Avançons dans le temps pour arriver en 1772…

Sous l’ancien régime, le syndic est un notable chargé de représenter, d’administrer et de défendre les intérêts d’une paroisse ou d’une communauté rurale. Dans le cas d’une paroisse, il est généralement élu par une assemblée de communiers (réunion de personnes qui partagent en commun un droit collectif ou un bien) composée des chefs de famille.

Cette année-là, monsieur De Lacroix Jérémie (syndic d’honneur des palus, des landes et de la halle, gendarme de la garde du roi, grand prévôt chargé de traquer les voleurs de raisins et seigneur de la maison noble de Tougnan (ou Toignan)) convoque une assemblée de notables loubésiens. L’objectif est d’institutionnaliser 4 foires annuelles ainsi qu’un marché hebdomadaire. Il faudra cependant attendre le 8 juillet 1778 pour que soit fixée officiellement la tenue du marché le lundi.

En 1775, une nouvelle délibération autorise monsieur De Lacroix à emprunter sur les fonds communaux, voire à vendre une partie de ceux-ci, afin de financer la reconstruction de la halle. L’édifice, situé dans l’actuelle « rue de l’Ancienne Halle » (à l’angle de la rue menant au cimetière), est alors vétuste et surtout trop exigu pour accueillir les quatre foires annuelles. Le curé de l’époque s’oppose toutefois à toute réduction du cimetière ou des douves voisines. La question de l’édification d’une nouvelle halle divise la paroisse en 1778. Deux camps s’opposent : celui de Jérôme Dussaut, riche négociant en bois, et celui de Jérémie de Lacroix, qui redoute l’arrivée de nouveaux commerçants susceptibles de remettre en cause certains privilèges établis.

 

 

Augustin de Comet témoigne des débats passionnés qui enflamment alors la communauté : « Quelle est donc cette affaire qui agite la ville et la province, qui occupe les cercles, qui divise les familles, qui a semé le trouble et la consternation dans une contrée jusque-là paisible et tranquille ? C’est une halle de campagne qui en est le sujet. Sera-t-elle placée ici ou là ? Voilà le grand et sublime intérêt pour lequel on multiplie les démarches, où l’on déploie tous les ressorts de l’intrigue… »

En 1778, Jérôme Dussaut propose de financer lui-même la construction d’une nouvelle halle en bois : un bâtiment de 50 pieds de large (soit environ 15 mètres) sur 60 de profondeur (soit environ 18 mètres), reposant sur 28 piliers et édifié sur un terrain de 3 000 m² lui appartenant, comprenant la halle et ses arcades. L’assemblée accueille favorablement cette offre. Mais son adversaire, Jérémie de Lacroix, ne s’avoue pas vaincu. L’assemblée, animée par des paysans échauffés par le vin offert gratuitement dans les cabarets du village, dégénère en une cohue bruyante. Profondément humilié, de Lacroix est contraint de se retirer avec ses partisans.


~ Faisons un bond jusqu’en 1779

C’est finalement le parlement de Bordeaux c’est-à-dire le tribunal, qui retiendra la proposition de Jérôme Dussaut. Sur 59 personnes présentes au procès-verbal, 33 acceptèrent la démarche de Dussaut, contre 26 celle de de Lacroix. Jérôme Dussaut fera également bâtir toutes les maisons à arcades (9 arcades en anse de paniers). Opération intéressante, puisqu’ il mettra en vente les 27 maisons. Il est en quelque sorte le 1er agent immobilier de st Loubès et la place constitue le 1er lotissement loubésien !


~ Nous arrivons maintenant en 1853

La halle va disparaître au profit d’un bâtiment en pierre soutenu par des arcades. L’objectif est d’y installer la mairie et la maison d’école. Ce bâtiment sera agrandi en 1884 et transformé en 1892.

Le saviez-vous ? Cette place a connu différents noms :

  • Place Ovale (avant la Révolution)
  • Place de la République
  • Place de la Mairie
  • Place du maréchal Pétain (mais pendant combien de temps ?)
  • …et aujourd’hui, Place de l’Hôtel de Ville !

 

Les arcades de la place de l’Hôtel de Ville (années 70/80)

 

Un grand bond en avant nous amène à la fin des années 60 où l’on trouvait :

  • Un forgeron
  • Un maréchal-ferrant (à la place de l’actuelle société générale)
  • Un laitier (M. Salzac)
  • Un ferblantier (qui s’occupait de sceller les boîtes de conserve)

 

 

Puis plus tard :

  • Un magasin de chaussures (Mme Godefroid)
  • Une épicière (Mme Machefer puis Mme Blasquez)
  • Un hôtel (M. et Mme Renaud)
  • Une pharmacie (fin du 19ème)
  • Un cabinet de notaires (M. et Mme Bounel)
  • Un magasin d’appareils ménagers (M. Latarse)
  • Une agence immobilière
  • Une dentiste
  • Une orthophoniste (Mme Lofi)…

 

À cette époque, les gens venaient des communes alentours pour profiter des nombreux services et commerces implantés dans le bourg.