Saint-Loubès dans le viseur…mais qui se cache derrière l’objectif ?

Saint-Loubès dans le viseur…mais qui se cache derrière l’objectif ?

23 février 2025 2 Par Lou

~ De sa naissance à ses 15 ans

C’est à l’âge de 3 mois, en 1935, qu’il quitte avec sa mère son village natal Ambarès, rejoignant son père alors négociant en vins, et sa famille paternelle à Agen. Il y passera son enfance et poursuivra sa scolarité jusqu’en seconde.


~ Le retour à Ambarès

En 1949, il a 15 ans. L’après-guerre laisse un pays en reconstruction, mais bouleversé dans ses règles commerciales. Ses parents n’ont pas d’autres choix que de vendre leur affaire, et la famille quitte Agen pour s’installer à Ambarès et retrouver la lignée du côté maternel.

La question de la poursuite des études se pose alors. Le manque de moyens de transports Ambarès-Bordeaux ne facilite pas une vie d’étudiant. La famille cherche des solutions. Avec l’aide et le soutien d’un conseiller proche de la famille, Pierre Bardou orientera son choix vers la photographie (mais certainement que le conseiller avait d’ores-et-déjà décelé ses compétences pour l’image !).


~ L’apprentissage chez Puytorac

Pierre Bardou a l’incroyable chance de faire son apprentissage auprès de Jean-Marie André dans les ateliers photographiques les plus célèbres et actifs de Bordeaux : Photos Puytorac.

 

François et Jean Puytorac, fils d’André, redécouvrent chaque jour un Bordeaux « extrêmement photogénique ». photo X. D.

 

Le service militaire (alors de 18 mois), le rattrape mais la guerre d’Algérie rallonge amèrement la période à 28 mois et vient troubler ses 20 ans. Les obligations du service national terminées, il retrouve le studio photos Puytorac. Ses trajets en bus pour Bordeaux lui donnent l’occasion de rencontrer sa future épouse en formation de secrétariat-comptabilité (école Pigier) à Bordeaux. Pierre et Michèle se marient en 1959.

Membre du Photos-Club de Bordeaux, ses photos sont exposées à l’étranger. Son talent est reconnu, puisqu’en 1963 Pierre Bardou reçoit la distinction « Excellence » de la Fédération Internationale d’Art Photographique, distinction attribuée aux photographes connus pour leurs œuvres artistiques.


~ L’arrivée à Saint-Loubès

Son épouse doit reprendre le commerce familial, ce qui explique leur venue sur Saint-Loubès. Les « vieux » loubésiens se souviennent sans doute de la mercerie à côté du Café National dans la grande rue. Les tricoteuses de l’époque s’y retrouvaient pour échanger leurs modèles !

 

Alors ? Avez-vous deviné qui se cache derrière l’objectif ?

 

© Famille Bardou

 

Pierre Bardou, un homme qui a permis aux loubésiens de mieux connaître et aimer leur village, grâce à son œil expert de photographe, sa plume d’écrivain et sa passion pour l’histoire locale. En partageant sa passion, ce « reporter » du quotidien nous offre des photos, des documentaires autant d’œuvres au travers desquelles se lit et se joue son envie de transmettre.


~ 40 ans au Centre Régional De Documentation Pédagogique

Revenons un peu en arrière. En 1955, un collègue du studio Puytorac lui signale la création d’une structure pédagogique à Bordeaux. Il s’agit du CRDP d’Aquitaine créé à l’instigation de Louis Gros, inspecteur général et directeur du CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique), établissements publics dépendant du Ministère de l’Éducation Nationale sous la tutelle des Recteurs d’Académie. Que rêver de mieux pour ce passionné de photo ?

En intégrant ce centre, avec pour mission la création d’un service photographique, il obtiendra très vite le statut de chef de service.


~ Quels sont les moyens de transmission dans les années 50 ?

La mission d’un CRDP est, entre autres, de produire et de diffuser de la documentation à l’attention des personnels éducatifs : Livres, matériel, mallettes pédagogiques… Il faut alors, inventer, créer, fabriquer et éditer les supports pédagogiques. En 2015 Annie Lesca (Pédagogue et membre du Conseil d’Administration de l’association Ligue de l’Enseignement Fédération de la Gironde, précise que le CRDP possède Le fonds iconographique Bardou comportant plus de 10 000 prises de vue issues du travail de Pierre Bardou.

 

© CNDP – L’art roman en Gironde (fond Bardou)

 

Pierre Bardou excelle dans cette tâche de pure création, qui fait appel à la photographie, à l’écriture, au patrimoine, et au savoir local. Beaucoup de productions seront ainsi crées. Ses rencontres multiples avec « les gens du terroir », et des universitaires, renforcent son besoin de transmettre et de valoriser les histoires locales.

En 1985, il est nommé chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques. Décoration attribuée aux personnes non-enseignantes ayant rendu des services éminents à l’éducation.

 

© Famille Bardou – Décoration reçue de l’Ordre des Palmes Académiques

 

En 1986, le CAAID (Centre d’Assistance Architecturale d’Information et de Documentation) du Secteur Sauvegarde de Bordeaux, présente « Animaux de pierre », exposition illustrée par les photographies de Pierre Bardou. Puis en 1991, aux Archives Municipales de Bordeaux, l’exposition : « Inscriptions et Belles Lettres ».


~ 1992 : « Racines de l’Aquitaine »

Passionné d’archéologie, d’histoire et d’ethnologie, Pierre Bardou participe, en collaboration avec une équipe de professeurs de l’Université Michel de Montaigne Bordeaux III, à l’élaboration de cet ouvrage commandé par le Conseil Régional.

 

© Picasa – Couverture du livre « Les Racines de l’Aquitaine »

 

En 1992, Pierre Bardou intervient au Musée d’Aquitaine lors d’une exposition consacrée à un grand photographe landais, Félix Arnaudin : « Études sur le photographe landais Félix Arnaudin ».


~ 1993 : « Imagier de la Grande Lande »

4 auteurs, Jacques Sargos (écrivain et historien de l’art), Bernard Manciet (écrivain auteur gascon), Guy Latry (agrégé de lettres, professeur émérite d’occitan) et Pierre Bardou rendent hommage à ce grand photographe de la Grande Lande.

 

 


~ 1993 : « Photographes en Gironde »

En retraçant l’histoire de la photographie, Pierre Bardou célèbre (entre autres) un pionnier langonnais de la photo : Louis Ducos de Hauron (1837-1920) un des inventeurs de la photographie en couleur.

 

 


~ 1994 : « Le Carnet de famille »

Cette publication est une commande des Éditions de la Presqu’île, et nous invite à découvrir l’histoire de la commune d’Ambarès-et-Lagrave. Deux siècles de mise en valeur d’un vaste territoire, entre deux fleuves, façonné par celles et ceux qui l’ont habité.

 

 


~ 1997 : « Photographe des Landes »

Les Éditions Confluences éditent une monographie co-réalisée avec Jean Tucoo-Chala (conservateur de l’écomusée de la Grande Lande aujourd’hui écomusée de Marquèze), Josette Larrègue (historienne) et Guy Latry.

 

 

Soucieux de rendre hommage à ses prédécesseurs, il nous fait connaître un autre photographe aquitain, témoin de la vie sociale de son village Castets. Lors d’une exposition à Castets en 2010, Pierre Bardou évoquera la technique photographique d’Émile Vignes.


~ 1997 : « Léo Drouyn les albums de dessin »

Le Conseil Général de la Gironde, « commande » à Bernard Larrieu, Jean-François Duclot et Pierre Bardou une série d’ouvrages : « Léo Drouyn, les albums de dessin. » Ce premier volume sera suivi de 24 autres.

 

 

 

Bernard Larrieu qualifiera Léo Drouyn de « Prince de l’archéologie girondine ». Pour mémoire Léo Drouyn était Izonnais, ami de De Comet, archéologue, peintre, dessinateur et graveur français.


~ 2004 : « Le pays de Ciron »

Le géographe universitaire Philippe Roudié et Pierre Bardou retracent l’histoire de ce cours d’eau affluent de la rive gauche de la Garonne.

 

Illustré de plusieurs centaines de photographies, les auteurs, nous entraînent dans cette magnifique vallée du Ciron.

 

© Les Éditions de l’Entre-Deux- Mers | De gauche à droite : Bernard Larrieu (historien et président du CLEM), Philippe Roudié (géographe) et Pierre Bardou

 


~ 2005 : « La petite chronique de Saint-Loubès »

Pierre Bardou retrace « Les textes éditoriaux politiques en Gascon dans la petite Chronique de Saint-Loubès de 1890 à 1892 » (P. Bardou et G. Latry).

Il participe au dixième colloque du CLEM tenu à Vayres, Génissac et Libourne : « Entre deux rives, entre deux flots – La rivière Dordogne en Gironde ».


~ 2006 : Exposition Léo Drouyn

Aux voûtes Poyenne à Bordeaux se tient l’exposition « Léo Drouyn aquafortiste ». Cette exposition retrace la découverte d’une collection de 150 plaques de cuivre originales appartenant à M. Hervé Béraud Sudreau.

 

 

Commissariat de l’exposition : rédaction et illustration du catalogue :

  • B. Larrieu : directeur éditorial
  • M. Wiedemann : expertise des plaques et des techniques de l’eau forte
  • P. Bardou : photographies

~ 2014 : Article de Sud-Ouest du 8 novembre

« Pierre Bardou s’est vu confier 300 lettres qu’a écrites le poilu ambarésien Louis Guimond à son épouse pendant trois ans de mobilisation en appui du front. Madelon Videau, la petite-fille de Louis Guimond, lui apporte 300 enveloppes, et autant de lettres que son grand-père a envoyées à sa femme. Entouré de sa femme et d’une demi-douzaine de passionnés, Pierre Bardou va s’atteler à classer chronologiquement ces lettres ».

 

© Sud-Ouest – Article par Y. Delneste

 

De ce travail, naîtra l’ouvrage : « Les lettres à Margot ». En réalité, il y avait 350 lettres. On imagine sans peine l’important travail de déchiffrage de ces lettres écrites au crayon à papier !

 

© Sud-Ouest – Article par Y. Delneste (Extrait)

 


~ 2021 : Hommage de la ville d’Ambarès

Journal Sud-Ouest 24- 09-2021. Hommage rendu à Pierre Bardou par la ville d’Ambarès.

 

© D.G. – Pierre Bardou et son trophée, en famille

 

Extrait de l’article par Denis Garreau Publié le 24/09/2021 :

« Qui n’a pas croisé un jour Pierre Bardou dans les marais de Montferrand ou consulté ses écrits historiques devenus cultes sur la ville d’Ambarès ? »


~ Les années loubésiennes (1971-1979)

Pierre Bardou fera partie de l’équipe des conseillers municipaux du maire Serge Roux entre 1971 et 1977. Saint Loubès va alors connaître sa « période patrimoine » grâce à l’abondante publication que l’on retrouve entre autres dans les bulletins municipaux. En premier lieu il pose les jalons dans un article : « Pourquoi les archives » paru en 1972.

 

 

Son désir de faire partager son intérêt pour le patrimoine va se renforcer, tout le temps de son implication et de son engagement dans la commune. Quelques exemples de ses articles en témoignent :

Nos rues ont une histoire

Cette rubrique que l’on retrouvera au fil des numéros, parcoure l’origine des noms des rues. Rappelons que par décision du 6 novembre 1970, l’ancien maire M. Courbin, et le Conseil Municipal attribuent des noms de rue dans le bourg du village.

1974 : Archéologie municipale

Dans cet article, Pierre Bardou permet aux loubésiens de prendre connaissance du travail mené en octobre 1969 par les classes de 4ème et 3ème du collège. À l’initiative de M. Forax, enseignant en collaboration avec, entre autres, les professeurs ; Messieurs Sapi, Odoux et Madame Sapi, les élèves ont participé à des fouilles archéologiques sur un terrain proche de la fontaine Saint Luc à Saint-Loubès.

1978 : Association Orgue et Musique

À l’occasion du centenaire de l’orgue, Pierre Bardou crée « une association dont l’objectif est la restauration, l’amélioration et l’entretien de l’orgue de l’église, afin de de contribuer à promouvoir la culture et l’activité musicale de Saint-Loubès ». Pour l’anecdote Pierre Bardou, également amoureux de la musique, a été dans son enfance Agenaise, choriste à la cathédrale d’Agen !

Extrait d’un courrier « privé » daté du 13-12- 1978 au conseil d’administration de la toute nouvelle association loubésienne « Orgue et Musique » dont il devient président. L’actuelle présidente est une loubésienne « de longue date » Madame Sapi.

 

 


~ 1978 « Arbre de la liberté » (n°7 de janvier 1978)

À l’occasion du centenaire de la plantation de l’arbre de la liberté à Cavernes, Pierre Bardou, nous entraîne dans la France de la IIIème République. Les Cavernais et les Loubésiens participent activement à l’esprit républicain.

 

© Bulletin municipal – L’arbre de la liberté à Cavernes

 


~ 1980 : « Saint-Loubès et les chenilles »

N°9 de mars : Dans son article très documenté sur la dangerosité des chenilles sur la santé, Pierre Bardou alerte les loubésiens sur la prolifération des chenilles processionnaires.


~ 1980 : « Un bien communal »

Pierre Bardou consacre une page entière sur la chapelle du prieuré devenue un bien communal, en 1982. Il finit son article par ces mots : « La communauté est maintenant propriétaire d’un des fleurons de son patrimoine. À nous maintenant d’en faire un joyau ».


~ 1980 : « La poste »

Petit historique de la poste : « Il était une fois la poste 1832-1979 ». Située précédemment au 32 de l’avenue de la république, la nouvelle poste s’établit rue du stade.


~ 1981 : « Paul Jean Toulet »

Dans le numéro 10, Pierre Bardou évoque Paul Jean Toulet : « Toulet, ses amis, St Loubès, son art ». Écrivain, poète Palois connu pour ses Contrerimes (1867-1920), il s’installe chez sa sœur au château la Rafette à St Loubès. Avec une pointe d’humour Paul Jean Toulet décrit Cavernes à son ami Pierre Labrouche (peintre basque) : « Saint-Loubès à 18 km de Bordeaux a un port sur la Dordogne, à Caverne ; si l’on y pêche le saumon, on y raffine aussi le pétrole ». (Caverne est régulièrement écrit sans S).


~ 1981 : « Foires et Fêtes à Saint-Loubès » 

Du 31 janvier au 28 Février 1981, il est commissaire de l’exposition « Foires et Fêtes à Saint-Loubès ».


~ 1995 : N°13 « Centenaire du cinéma 1895-1995. Un album pour Max Linder »

Un article signé de Serge Roux maire de l’époque retrace le succès de l’exposition montée par Pierre Bardou sur Max Linder.

 

Pour l’anecdote, il faut savoir que Maud Linder « avait choisi » Pierre Bardou comme interlocuteur privilégié. Après quelques allers-retours à Paris pour rencontrer Maud Linder et de nombreuses tractations, il obtient les photos de Max Linder que nous connaissons aujourd’hui.


~ 1993 : « La raffinerie à Cavernes »

Pierre Bardou présente « La raffinerie Deutsch de la Meurthe » lors du quatrième colloque du CLEM. Colloque organisé par Les Amis du vieux Lormont et Entre-deux-Mers Régions d’Europe (ERE), tenu à Saint-Loubès, Lormont et Saint-Louis-de-Montferrand les 15, 16 et 17 octobre 1993. Les actes seront publiés en 1994.

Ces quelques lignes ne peuvent refléter l’abondant travail de ce passeur de mémoire, qui mérite bien sa paisible retraite. Sa façon de mettre en mots ses photos, reflète sa passion pour l’homme et l’histoire. Transmettre n’est pas un vain mot. Quid de notre mémoire collective, s’il n’y avait pas cette ténacité à produire, cette volonté à partager la mémoire orale ou écrite.

 

 

Par son engagement Pierre Bardou, nous donne les clefs de compréhension des mémoires locales. À nous de poursuivre ce travail. Au fond, la transmission c’est sa passion !

Pour conclure je vous propose de lire la préface de Raphaël Saint-Orens, que l’on trouve dans l’ouvrage incontournable de Pierre Bardou sur Saint-Loubès : « Saint-Loubès en Entre-Deux Mers » !

 

 


J’adresse mes sincères remerciements à l’ensemble des personnes pour leur accueil et l’aide apportée à la rédaction de cet article.


Sources :