Un pionnier de la médiation animale à Saint-Loubès
Le saviez-vous ? Il y a quelques années, Saint-Loubès a accueilli l’un des pionniers français de la médiation animale : Ange Condoret. Vétérinaire de formation, il devient une figure marquante de l’histoire de la relation homme-animal en France. Dès les années 1970, il s’intéresse au rôle que peuvent jouer les animaux dans le développement, l’apaisement et la communication des enfants, bien avant que la médiation animale ne soit reconnue et structurée.
Un vétérinaire en avance sur son temps
Né à Perpignan le 10 août 1923, Ange Condoret est le fils de Léon Condoret, jardinier, et de Denise Ribes. Très tôt attiré par les sciences naturelles et le monde du vivant, il se distingue par d’excellents résultats scolaires et se prépare au concours des Écoles Nationales Vétérinaires. Admis à l’école de Toulouse, il obtient son diplôme en 1946. Désireux de compléter sa formation, il fait ensuite ses premières armes auprès de vétérinaires spécialisés dans la médecine canine du côté d’Agen. Cependant, il constate rapidement que les méthodes employées ne correspondent ni à ses exigences ni à sa conception d’une médecine rigoureuse et scientifique.
En 1948, à l’âge de 25 ans, il ouvre son premier cabinet vétérinaire au Bouscat (près de Bordeaux) au lendemain de la guerre. Il fait alors le choix audacieux de se consacrer aux animaux de compagnie, encore peu considérés par la profession. Visionnaire, il perçoit très tôt la place croissante de l’animal en milieu urbain et s’intéresse aux liens entre les citadins et leurs animaux, en mettant en lumière leur rôle social. Il se spécialise dans la relation entre l’enfant et l’animal et mène plusieurs expériences, notamment dans une école maternelle de Bordeaux, qui démontrent les bienfaits de la présence animale auprès des enfants. Parallèlement, il s’engage dans l’action syndicale pour faire reconnaître la médecine vétérinaire urbaine et devient l’un des porte-parole les plus actifs de la profession.
Une vie bâtie pierre après pierre
Passionné et curieux, Ange Condoret s’investit aussi dans de nombreux domaines artistiques et culturels : l’écriture, la peinture, l’architecture et les voyages, qu’il aborde avec la même énergie que son métier. À l’étroit dans son cabinet du Bouscat, il décide de faire construire une clinique plus vaste et mieux équipée. En août 1953, cinq ans après son installation, il s’établit au 78 avenue Charles-de-Gaulle, à Bordeaux-Caudéran. Située à quelques centaines de mètres du Bouscat, face au Jardin Public, cette clinique sera son lieu de travail jusqu’en 1983, année de sa disparition.

En-tête des ordonnances d’Ange Condoret
Créateur dans l’âme, il nourrit une véritable passion pour la pierre et l’architecture. Il conçoit et fait bâtir sa maison et sa clinique à Bordeaux, puis se lance dans d’autres projets : l’aménagement d’un appartement à Laredo (en Espagne), l’achat d’une chartreuse du XVIIIᵉ siècle à Saint-Loubès, et celui d’une tour de guet en pays catalan. Selon son épouse, à la joie de construire s’ajoutait celle de restaurer. Le château Livey, chartreuse édifiée à la fin du XVIIIᵉ siècle à Saint-Loubès par l’architecte bordelais Larrite, était en ruines lors de son acquisition, entouré de deux hectares de friches. Dès 1967, Ange Condoret entreprend de le restaurer avec l’aide de maîtres artisans, tout en y apportant par endroits des touches personnelles.

© A. Condoret (collection personnelle) – Dessin à la plume du Château Livey par Paul Leuquet
Il se lance également dans l’aménagement du parc qui entoure le domaine. Ce vaste chantier s’étend sur près de cinq ans. Au début de l’année 1972, il s’installe définitivement au château Livey, qu’il choisit comme résidence principale. Situé à quinze kilomètres de sa clinique, ce lieu lui offre le recul nécessaire par rapport à ses exigences professionnelles. Après avoir longtemps mêlé vie privée, publique et professionnelle, il retrouve dans ce refuge qu’il a façonné un espace propice à la réflexion. Le château devient alors un lieu de rencontre pour la famille et les amis, tous séduits par le cadre et par la personnalité chaleureuse du maître des lieux. Par sa parole généreuse et son sens du partage, Ange Condoret y fait régner une joie de vivre qui marque durablement ses visiteurs.
- Chateau Livey – Reproductions de photographies
Ange Condoret s’éteint prématurément le 1ᵉʳ octobre 1983, des suites d’un cancer du côlon. Il est inhumé à Bias, près de Villeneuve-sur-Lot, dans la famille de son épouse. L’année suivante, Madame Condoret se résout à vendre le château Livey et quitte ce lieu pour revenir s’installer dans leur ancienne maison de Bordeaux-Caudéran.
Sources :
- L’homme et l’animal : les deux passions d’Ange Condoret, par Jean-Claude Brunetaud
- Camille Humeau raconte Ange Condoret, sur Radio Bastides


