Françoise Garandeau : le textile dans la peau !

Françoise Garandeau : le textile dans la peau !

Françoise Garandeau n’a que 15 ans lorsqu’elle commence son apprentissage dans le commerce, à la fin des années 1960. Elle qui rêvait de poursuivre ses études n’a finalement d’autre choix que de suivre les directives imposées par ses parents. C’est ainsi que sa carrière démarre, au cœur d’une boutique Sermo, et que sa passion pour la vente et le textile voit le jour


Ce réseau de magasins traditionnels, développé par Jean-Pierre Labatut, est alors installé aux quatre coins de la Gironde et propose à la fois de la mercerie, de la bonneterie ainsi que du prêt-à-porter. “La particularité de ces enseignes était, pour l’époque, de proposer beaucoup, beaucoup de choses !” Cette diversité de produits textiles s’explique notamment par la façon de s’habiller et les besoins exprimés par une clientèle très alignée sur la saisonnalité “Quand j’ai commencé, les gens portaient encore des caleçons et des pantalons de coutil, des pantalons à rayures un peu plus chics et des pantalons de travail, mais il y avait aussi le pantalon peau de taupe, bien plus résistant, les salopettes. Ces messieurs portaient des vêtements dessous d’été et d’hiver : il y avait le caleçon coton, le caleçon rhovylon et le caleçon molleton, sans oublier le marcel, le tee-shirt rhovylon et le petit gilet en laine que l’on portait pour avoir bien chaud !

Chaque nouvelle saison rythme le commerce : “Nous vendions des chaussettes d’été, des chaussettes pour le weekend un peu plus fines. Il y avait aussi la grosse chaussette que l’on montait jusqu’au genou pour le travail !”. Les anecdotes en lien avec la bonneterie ne manquent d’ailleurs pas : “Comme nous étions à la campagne, les soutiens-gorge étaient rarement blancs : les dames portaient le fameux Playtex qui était sorti à l’époque et qui n’existait alors qu’en couleur chair ou en marine. Un jour, le marine a été remplacé par le blanc et les femmes nous ont dit : “Quel dommage que vous ayez sorti le marine, moi, je ne changeais de soutien-gorge qu’une seule fois par mois” !”.

À cette époque, parmi les incontournables en matière de textile, le tablier figure indéniablement sur le podium : “Il y avait le tablier du dimanche, sans manche et un petit peu plus court, la blouse plus longue à porter la semaine, le grand tablier sur lequel on superposait un plus petit tablier… Je peux vous dire que j’ai commencé en 1967 et que j’ai vendu des tabliers jusqu’aux années 1980 ! Je fournissais la commune de Saint-Loubès : ces dames venaient chercher des tabliers plus ou moins fantaisie et le commerce était très florissant ”.

Au-delà du grand choix de produits proposés, les magasins Sermo se distinguent également par leur accessibilité “Nous faisions partie de cette chaine de magasins bon marché. donc les mamans venaient habiller leurs enfants de la tête aux pieds !” Les collections se renouvellent régulièrement et les temps forts de l’année fidélisent la clientèle : Noël, la rentrée scolaire, le printemps… “Les gens venaient nous voir car ils allaient dans la famille fêter Pâques. Alors on mettait le petit tailleur, on achetait la petite robe fantaisie, le pantalon : c’était très très marqué ! À Saint-Loubès la population était encore très paysanne, alors les messieurs venaient chercher ce fameux pantalon de taupe réputé inusable. On faisait attention aux vêtements ”.

Le commerce de proximité se porte bien, loin des grandes surfaces encore peu répandues et des importations massives. “Moi, je peux le dire, c’était un plaisir d’être commerçante à cette époque-là : les gens venaient et aimaient être conseillés. On nous portait aux nues. On nous faisait confiance. J’ai été passionnée : tout m’intéressait !”.

Après 12 années de bons et loyaux services passées chez Sermo, Françoise, accompagnée d’une associée, décide de se lancer à son compte en 1983. Elle ouvre sa boutique indépendante “Elle & Lui” spécialisée dans le prêt-à-porter, la mercerie et la bonneterie. La population de Saint-Loubès et ses alentours commence peu à peu à évoluer : elle se fait plus nombreuse et plus guindée .“On travaillait avec des marques comme Cardin, Essentiel… Notre clientèle était plus aisée et avait les moyens. Entre 1983 et 1988, nous avons vécu nos plus belles années de commerce : tout le monde avait du travail, se faisait bâtir des maisons. On ne souffrait pas d’un faible pouvoir d’achat”.

C’est aussi durant cette période de plein emploi que la commune assiste à la création de la zone industrielle ainsi qu’à l’implantation de l’usine Bonna : cela va alors densifier le flux de population et drainer de plus en plus de monde. Les clients de la boutique sont nombreux : ils cherchent des produits différents et ne souhaitent pas ressembler à tout le monde. Malgré une activité qui tourne à plein régime et suite à un différend avec son associée, elles décident, après 6 belles années d’exercice et d’un commun accord, de fermer boutique.

En 1988, elle quitte la campagne pour rejoindre l’enseigne bordelaise Adolphe, spécialisée dans la vente de robes de mariées et de fourrures. Elle n’y reste qu’un temps avant de faire une courte pause de quelques mois et finalement créer en 1989 “Lorika” (ex Dessous Dessus). Cette nouvelle boutique propose à ses clientes de la lingerie fine et des produits textile de grandes marques telles que Chanel, Cardin ou Essentiel. Elle s’épanouit alors pleinement et se délecte de mettre en place ses vitrines, renouveler ses collections auprès de son grossiste (situé à Bordeaux Nord) et donner satisfaction à sa “belle clientèle”, qui n’hésite pas à la solliciter pour mille et une demandes !

Après 33 années dans la vente et le commerce, suite à une période de crise économique, au développement massif des importations venues des pays asiatiques et conjointement à un drame familial qui lui fera prendre cette décision, elle “tire le rideau” le 31 décembre 1999. À 48 ans, elle décide alors de se réorienter et de se tourner vers un métier qui l’a toujours profondément attirée. C’est ainsi qu’elle finira sa carrière professionnelle en qualité d’assistante maternelle, sans jamais se défaire de son goût pour la mode et du lien si spécial qui l’unissait à sa clientèle…

Crédits photo : © Claude Castaing - Article Sud-Ouest rive droite du 07/04/1997