Laissons Bernadette nous parler de son enfance

Laissons Bernadette nous parler de son enfance

10 octobre 2023 1 Par Lou

Je me souviens…

J’habitais chemin de l’Escaley. Il suffisait de traverser la voie ferrée, au bout du quartier du Livey, et prendre le chemin qui longe les rails. Mon père était peintre et ma mère garde-barrière


La maison

Ma maison, c’était la troisième, dans la grande cour. 3 grands arbres : un pin, un tilleul, un marronnier. On rentrait par la cuisine, il y avait la cheminée qu’on allumait quand il faisait très froid, une cuisinière à bois sur laquelle ma mère préparait les repas, et dans l’une des chambres je crois, un poêle à charbon.

Lorsque mon arrière-grand-mère est venue vivre à la maison, mon père a dû réaménager la plus grande chambre. Mes parents, mon frère aîné et moi avions chacun notre coin d’intimité, séparé par un rideau. Mon père nous avait même fait un coin bureau, car les devoirs…c’était primordial ! Nous avions une bibliothèque : le “Club des cinq” pour mon frère, et pour moi, “Oui-oui” et “Fantômette”.

 

 

Dans le hangar, au fond du jardin, mon père rangeait ses outils de travail : pots de peinture, pinceaux, tout le nécessaire pour exercer son métier de peintre. J’empilais les pots pour faire une dînette et je jouais avec mes poupées. Le quartier n’avait pas encore l’eau courante, mais chaque maison avait son puits. Je me souviens que l’été, ma mère y mettait le garde-manger au frais pour conserver le beurre et le lait que j’allais chercher chez Plaziat.

 

L’école

De la maternelle au primaire

L’école des filles Paul Jean Toulet avait une section maternelle. Je n’y suis allée que pour le dernier trimestre avant le CP. À l’époque, l’école maternelle n’était pas obligatoire. J’ai poursuivi ma scolarité jusqu’au CM2. Je me souviens surtout de la distribution des prix de fin d’année qui avait lieu sous le préau. On offrait une fleur à la maîtresse, les parents venaient. Bien sûr, on était bien habillées. Et quand on nous appelait pour monter sur l’estrade, c’était pour recevoir un prix. Ça me fait bien rire maintenant, parce que j’ai eu l’Iliade et l’odyssée. Pas mal en CM2 ! Oh, je l’ai lu, mais bien plus tard. J’ai voulu le faire lire à mes enfants, mais c’est une autre histoire. J’ai eu un autre prix, mais toujours des « classiques » pas de DVD ou de BD ! Je faisais partie des bons élèves, mais la concurrence était rude. Il y avait une fille un peu meilleure que moi et c’était une vraie compétition pour savoir laquelle aurait le meilleur prix !

 

La cantine

Il nous fallait donner un ticket tous les jours. Je crois que nous amenions le pain et la boisson. Quand j’étais au collège, nous partions à pied jusqu’à la cantine, en passant par la place de la mairie, puis par l’impasse des arceaux qui rejoignait l’impasse des Tonneliers. Après le repas, on papotait entre filles, mais surtout on regardait les garçons jouer au foot…

 

Le trajet : le pedibus de l’époque

Il nous fallait à peu près un quart d’heure à pied pour arriver à l’école. Ma mère prenait soin de bien regarder si un train était proche avant de nous faire traverser la voie. On retrouvait les autres enfants du quartier. Finalement, on a inventé le pedibus ! Ma mère nous avait formellement interdit de partir avec quelqu’un que nous ne connaissions pas. Un matin de pluie, le facteur, que je voyais tous les jours, nous a proposé à mon frère et moi de monter dans sa voiture. Mon frère s’y est fortement opposé et je crois que je lui en ai voulu pendant longtemps.

Quelquefois, nous prenions un autre chemin pour aller à l’école, le chemin qui débouche sur l’avenue de la république, là où se trouvait la pharmacie Porthalier et le garage Dupuy. Je me souviens des pompes à essence. Le changement d’heure n’était pas encore mis en place, il faisait toujours clair quand nous partions ou rentrions de l’école.

 

Les années collège

C’est à cette époque que commencent les premiers flirts… J’allais au collège Hector Ducamp avec le bus de ramassage. Là, j’ai eu de nouvelles copines et nouveaux copains. Les jeudis, soit j’allais chez une copine, soit elle venait chez moi. Au collège je me rappelle d’un prof qui passait par-dessus les bureaux pour aller corriger un élève trop bruyant, d’un autre qui nous faisait des réflexions désobligeantes. Et surtout il y avait « le père Ricard », en tablier gris et le béret vissé sur son crâne chauve. On allait à l’étage un peu avant les cours, et il y avait toujours un garçon pour monter la garde, et nous prévenir : « Attention, voilà le vieux ! ».

 

La vie quotidienne

Les jeudis et les vacances, mon frère et moi jouions dans la cour, pendant que ma mère papotait avec les voisines et que mon père partait travailler. Au retour de l’école, si notre mère n’était pas là, nous allions chez la voisine. Nous passions chez le boulanger Laclau pour acheter un petit pain et une barre de chocolat pour notre goûter. Le soir, mon père contrôlait mes devoirs et je devais réciter mes leçons. Les soirées se ressemblaient, il n’y avait pas la télévision, il m’arrivait d’écouter la radio avant de me coucher. L’hiver, je me lavais dans une cuvette près de la cheminée, et l’été, dehors dans le jardin.

Je me souviens d’une anecdote qui me fait encore rire. Je faisais du vélo dans le jardin et je voulais absolument le vélo de mon frère. Je suis allée voir ma mère, qui m’a dit : “Ne t’inquiète pas, je l’aurai au virage !”. Eh bien, je me suis postée au virage et j’ai attendu… ! Et j’attends toujours le vélo. J’ai compris plus tard l’expression employée par ma mère.

 

Les fêtes de Noël

Nous n’avions pas de sapin, mais mon père allait couper des branches de pins que nous assemblions entre elles. Nous faisions un bon repas et nous recevions les cadeaux. Tous les ans, ma mère m’amenait chez Monsieur Barre, le libraire, pour faire la traditionnelle photo avec le Père Noël. Assise sur ses genoux, j’ai crié : « C’est pas le père Noël, c’est monsieur Barre »… « Mais non je suis le père Noël » Ça a duré un petit moment mais depuis ce jour, je n’ai plus cru au père Noël !

 

Les marchands ambulants et les gens du voyage

Les deux boulangers passaient dans le quartier, ainsi que monsieur Pratlong, l’épicier, et le boucher. Le quincaillier portait les bouteilles de gaz mais si besoin, il pouvait aussi nous ramener 1 kilo de pointes. Je me rappelle aussi les gitans avec leurs roulottes en bois tirées par les chevaux. On en avait peur et on se faisait des histoires en les imaginant comme dans les films, les femmes avec leur longue jupe, leur foulard et leurs grandes boucles d’oreilles. Ils voulaient acheter des lapins. Mais la plupart du temps, le lendemain, il manquait un lapin sans qu’il ait été payé ! Ils s’installaient plusieurs jours non loin de la maison.

 

Le lavoir

Il y avait bien un lavoir au Livey, mais il fallait traverser la voie ferrée. Aussi, ma mère et les voisines allaient dans ce qu’on appelait le lavoir, pour rincer le linge qui avait bouilli dans la lessiveuse de la cour de la maison. Elles portaient le linge dans la brouette. Ce lavoir n’existe plus aujourd’hui. C’était une retenue d’eau d’un petit canal qui prend sa source à Saint-Loubès et passe sous la voie ferrée. Il semble que ce soit le ruisseau de Jacoutet.

 

Mai 68

J’étais jeune, mais je me souviens qu’il y avait une pénurie de produits alimentaires et autres. Mes parents étaient très inquiets car mon frère devait faire sa communion et nous attendions de la famille. Allait-elle pouvoir venir ? Mes parents avaient fait le stock de provisions, je n’avais jamais vu les placards aussi remplis !

 

Les vacances

Nous partions à Sainte Foy la Grande : mon frère en mobylette et moi en train jusqu’à Montcaret. Là, il venait me chercher et moi sur le porte-bagage, nous rejoignions nos parents. C’est là que j’ai connu les joies du camping : matelas à gonfler pendant 1 heure, camping gaz (quand il fonctionne), éclairage précaire, etc…

Avec l’entrée au lycée et le déménagement de la famille, Bernadette part vers d’autres horizons… Merci à Bernadette pour ces précieuses anecdotes de cette enfance loubésienne.