Des métiers, des hommes, des femmes : était-ce mieux avant ?

Des métiers, des hommes, des femmes : était-ce mieux avant ?

23 janvier 2025 0 Par Lou

Connaître les métiers pratiqués entre le 18ème et 19ème siècle, apporte une compréhension « tout à fait relative » de la vie des loubésiens et de leur village. Partons à la découverte de ces métiers, mais aussi de ces hommes et de ces femmes, jeunes et moins jeunes, qui ont marqué de leur vie professionnelle la commune de Saint-Loubès.


~ Les recensements de 1891 et 1926

Pour avoir un regard sur l’évolution 35 ans plus tard, il nous faut – a priori – poser des dates. Pour ce faire, j’ai choisi les recensements de la population de 1891 et 1926. Les Archives Départementales de la Gironde les proposent en ligne à partir de 1820 pour Saint-Loubès.


~ Alors, pourquoi commencer par 1891 ?

On recense 2274 habitants en 1820. Mais il faut attendre le recensement de 1891 pour connaître âge et nationalité. C’est ainsi que l’on apprend que belges et espagnols vivent à Cavernes. La présence de belges tient surement, au fait de l’implantation de l’usine Deutsch de la Meurthe. Puis, en 1926, l’âge se transforme en année de naissance, à laquelle s’ajoute le lieu de naissance. La population s’élève alors à 2788 habitants, soit un taux d’évolution d’environ 13%. Dans ces deux recensements, Cavernes est le quartier comprenant le plus d’habitants après le bourg.


~ Une vingtaine de « vieux métiers »

J’ai retenu (aléatoirement) 20 professions qui correspondent à ce que l’on nomme aujourd’hui « vieux métiers », c’est-à-dire ceux qui soit n’existent plus, soit ont pris une nouvelle appellation compte tenu de l’évolution des pratiques de notre société moderne.

J’évoquerai donc tour à tour : les tonneliers, les charrons, les charretiers, les forgerons, les maréchaux-ferrants, les cochers, les gardes-champêtres, les bourreliers, les selliers,  les couteliers, les étameurs, les sabotiers, les ferblantiers, les charbonniers, les botteleurs, les chaudronniers, les fabriquant de chaises, les gardes barrières, les Douaniers, les laitières, les culottières, les vanniers et enfin, les corroyeurs.


~ Ils ont besoin les uns des autres…

Certains métiers sont interdépendants les uns des autres comme par exemple les tonneliers, les charrons, les charretiers, les forgerons et les maréchaux-ferrants. On peut faire le constat de leur diminution entre les deux recensements qui tiennent compte surement de l’évolution des moyens de transports et de la mécanisation.


~ Activité florissante dans le bourg du village

En 1891, le bourg de Saint-Loubès est très vivant. On y trouve : tonneliers, charrons, charretiers, forgerons, maréchaux-ferrants, cochers (domestiques), botteleur, couteliers, charbonniers, ferblantiers, gardes champêtres et même un sabotier/coiffeur (il faut comprendre que les temps sont durs et qu’il n’était pas rare d’exercer deux activités et ce, même sans rapport l’un avec l’autre…bien que les sabots servent au coiffeur !).

En 1926, disparaissent quelques charbonniers, ferblantiers, charrons. Plus de couteliers, d’étameurs, de botteleurs et de corroyeurs. Apparaissent cependant quelques femmes comme 2 laitières et une culottière. Nous avons également deux chaudronniers à l’usine Jupiter de Cavernes, 1 vannier et 1 corroyeur.


~ Le tonnelier

« Personne qui fabrique ou répare des tonneaux en bois permettant de conserver le vin »

 

Bordeaux, les Quais – Déchargement de fûts de vin (tonneaux)

 

C’est l’activité la plus importante sur la commune, aussi bien en 1891 qu’en 1926. Bien que dispersés dans 28 lieux-dits de Saint-Loubès, les tonneliers sont en majorité Cavernais. Les âges s’étalent de 17 à 80 ans, avec une surreprésentation de la classe d’âge 40-50 ans. On compte 5 familles ayant le même patronyme.

En 1891, on compte 76 tonneliers. Ce chiffre se divise pratiquement de moitié puis qu’ils ne sont plus que 36 en 1926. On retrouve parmi eux :

  • 3 tonneliers déjà présents en 1891
  • 3 familles ayant le même patronyme qu’en 1891
  • 3 nouvelles familles ayant le même patronyme

L’activité portuaire alors florissante ainsi que la viticulture expliquent sans doute cette importante présence.


~ Mais pourquoi des douaniers à Saint-Loubès ?

Cette catégorie de professionnels arrive à Cavernes pour une raison bien précise ! L’activité du port entre le transport des biens et des personnes, ainsi que l’activité générée par l’implantation de la raffinerie de pétrole nécessitent leur présence pour le recouvrement des droits de port.

 

Cavernes (Saint-Loubès) – L’avenue du Port

 

De 12 douaniers à Cavernes en 1891, il y en aura 3 en 1926 dont 1 loubésien, 1 personne originaire des Hautes-Pyrénées et une autre de Normandie. Les âges varient entre 21 et 74 ans en 1891 et 42 et 62 ans en 1926. La différence d’effectif s’explique sans doute par la baisse d’activité portuaire.


~ Charrons et charretiers 

« Le charron, ou maître charron, était un artisan spécialiste du bois et du métal. Il concevait, fabriquait, entretenait, adaptait ou réparait les véhicules : charrette, chariots, brouette… »

 

 

En 1891, sur les 8 charrons installés à Saint-Loubès, 4 sont dans le bourg du village, dont 3 portent le même patronyme. En 1926, les 4 restant sont âgés entre 20 et 62 ans. Deux d’entre eux, travaillent pour la société Jupiter à Cavernes (raffinerie de pétrole). Sur ces deux recensement, l’écart d’âge se situe entre 22 et 62 ans.

« Charretier : Personne qui conduit une charrette ou un chariot. Transporte des marchandises au moyen de chevaux. »

 

Le Charretier et le Chargeur vous souhaitent bonne & heureuse année

 


~ Le forgeron

« Le forgeron est un ouvrier ou artisan professionnel qui forge à la main et assemble des pièces de métal pour réaliser des objets usuels ou entrant dans la composition d’un bâtiment. Travail à l’enclume. »

 

 

8 forgerons à Saint-Loubès dont un père de 63 ans et son fils de 26 ans rue st Aignan, en 1891. Les âges, entre 26 et 63 ans. On note en 1926 une légère augmentation. On en compte 15, dont entre autres, un grand père et son petit fils de 16 ans, 1 arrivant des Hautes Pyrénées, 2 travaillant à la société Jupiter. Les âges se répartissent entre 15 et 52 ans.


~ Le maréchal-ferrant

« Le maréchal-ferrant était chargé de poser des fers sur les chevaux et les animaux de trait. Cela incluait la taille et l’équilibrage des sabots de chevaux et le placement des fers sur leurs sabots. Il travaille en lien avec le forgeron. »

 

Cheval de trait au Domaine de César (Saint-Loubès)

 

De 2 en 1891, les forgerons seront 6 en 1926. En 1891 on trouve le patron de 62 ans et son ouvrier de 21 ans. En 1926, le maréchal-ferrant de 64 ans travaille avec son fils de 44 ans. Un, de 49 ans arrive de Loire et un autre de 21 ans vient de Mont-de-Marsan. Peut-être est-ce celui que j’ai vu travailler dans les années soixante quand je suis arrivée à Saint-Loubès. Je me souviens de mon père qui me disait : « regarde bien, cela ne va pas durer ! » son atelier se trouvait sous les arceaux, à l’emplacement actuel de la banque société générale.


~ Le bourrelier

« Il fabrique et répare des articles en cuir, en particulier des équipements pour les animaux comme les selles, les harnais, les longes et liens destinés aux chevaux. Le bourrelier était très important dans le village car il facilitait le travail des viticulteurs, des agriculteurs et encore dans le transport ».

 

Sellerie | Bourrellerie

 

De 2 en 1891, on passe à 5 en 1926. On retrouve certainement un bourrelier appartenant à la même famille, un qui vient de Charente, et une jeune femme de 24 ans originaire de Paris. Le plus jeune a 20 ans.


~ Le charbonnier

« Spécialisé dans la production et la vente de charbon, il livre des sacs à domicile pouvant peser jusqu’à 30 kg. Ce métier était essentiel à une époque où le charbon de bois était une source majeure d’énergie dans les foyers ».

2 en 1891 et 3 en 1926. Il est à noter qu’en 1891 c’est une charbonnière qui livre le charbon aux loubésiens.


~ Le ferblantier

« Fabricant d’outils et ustensiles, souvent ménagers tels que casseroles et bassines par exemple, en fer recouvert d’une fine couche d’étain (fer blanc »).

2 en 1891 et 5 en 1926. 2 travaillent à l’usine Jupiter, 1 est le fils de la laitière.


~ Le sabotier

3 en 1891 puis 5 en 1926. On retrouve le même sur les deux recensements, originaire des Landes. Un des sabotiers, âgé de 20 ans en 1926 est également coiffeur. En 1926 le plus vieux a 63 ans.

 

© Martial Codet-Boisse, Xavier Beaudlet, Images Photothèque Paul Colmar

 


~ Le coutelier

« Le coutelier était un fabricant de couteaux, de ciseaux, de rasoirs et autres instruments tranchants généralement destinés à un usage domestique. »

Deux couteliers dans le bourg en 1891, âgés de 51 et 44 ans


~ L’étameur

« Parmi les vieux métiers celui d’étameur consistait à réparer les ustensiles métalliques. couche d’étain sur un ustensile, casserole, couvercle, couvert, clou, bouton pour en empêcher l’oxydation. Le rétameur enlevait l’ancien étain afin de le refaire à neuf ».

 

L’étameur – Orcines (Puy-de-Dôme)

 

Nos deux étameurs loubésiens âgés de 66 et 70 ans sont sans doute les derniers.


~ Le fabricant de chaises

Un seul sur Saint-Loubès, plus précisément à Toignan et déjà bien âgé, puisqu’il a 75 ans en 1891.


~ Le botteleur

« Ouvrier métallurgiste chargé de mettre en bottes les barres (ou verges) de fer pour la vente qui étaient utilisées par les cloutiers entre autres ».

Je suppose que le seul botteleur du bourg âgé de 73 ans travaillait avec les tonneliers loubésiens.


~ Le garde barrière

« Employé des chemins de fer chargé avant l’arrivée des trains d’obstruer mécaniquement avec des barrières les routes et chemins qui croisaient la voie ferrée ».

 

Gare de Saint-Loubès (Gironde)

 

Il y avait une barrière au Livey, une à la gare, et sans doute vers le lieu-dit les Graves (à vérifier). 3 femmes en 1891. 2 femmes en 1926 dont une originaire de Marmande. Rappelons que le chemin de fer relie Libourne > Bordeaux en 1838, le Paris > Bordeaux passe pour la première fois à Saint-Loubès le 13 septembre 1852.


~ Le garde champêtre

« Fonctionnaire communal chargé des affaires courantes de police. Le garde champêtre exerce une fonction publique territoriale, avec pour mission principale, la sécurité des espaces ruraux appartenant à la mairie dont il dépend. Il a la charge des missions de prévention et de sécurité dans une commune rurale ou une communauté de communes rurales. La fonction de garde champêtre a été obligatoire dans chaque commune jusqu’en 1958 ».

J’ai connu personnellement M. Blasquez à Saint-Loubès, et même celui d’avant dont j’ai oublié le nom. La maison du garde champêtre est attenante à l’école Hector Ducamp.


~ Le cocher

Très souvent le cocher est le domestique de la propriété. Nous en comptons 3 en 1891 (le plus jeune ayant 18 ans et le plus âgé 60 ans). Cette appellation ne se retrouve plus en 1926.


~ La Culottière

« Personne qui confectionne des culottes, des pantalons. Elle travaillait pour les culottiers ».


~ Le vannier

« Un vannier est un artisan chargé de confectionner des objets décoratifs ou utilitaires à l’aide de tiges fines et flexibles (rotin, osier, paille tressée.) ».

 

 

1 vannier en 1926 âgé de 58 ans originaire de Limoges.


~ Le corroyeur

« Le métier de tanneur corroyeur consiste à travailler la peau de façon à la transformer en cuir. La méthode utilisée pour transformer la peau en cuir est le tannage. Les peaux sont tout d’abord nettoyer de leur couche extérieure (pileuse) et intérieure, puis sont plongées dans un bassin de tanin ».

1 corroyeur âgé de 25 ans en 1926.


Sources :