Saint-Loubès de génération en génération

Saint-Loubès de génération en génération

14 octobre 2026 0 Par Mémoires Saint-Loubès

Il y a quelques semaines, les Mémoires Loubésiennes ont eu le plaisir d’être contactées par une lectrice du blog, désireuse de les rencontrer pour partager un morceau de son histoire familiale. Aujourd’hui, c’est à travers ses mots que nous vous invitons à voyager dans ses souvenirs et ceux de sa famille…


Je suis née en 1961, issue d’une famille loubésienne à 100 %, si je puis dire. Mes parents étaient loubésiens, mes grands-parents aussi. Ma mère, Marie-Thérèse Godefroy, née Brossard, tenait le magasin de chaussures situé à l’emplacement de l’actuel kebab. Mon père, Henri Godefroy, jeune retraité de la Garde Républicaine de Paris, s’était reconverti dans le Trésor public en tant qu’agent. Il a d’abord tenu la Vigie de Saint-Loubès, puis a travaillé à la perception de Saint-André-de-Cubzac et enfin à celle de Saint-Loubès.

 

© Josiane Godefroy – Photo d’archive, Marie-Thérèse Brossard et son magasin de chaussures

 

La Vigie était située dans le passage des Arceaux, en haut de la rue. C’était une institution rattachée aux impôts, qui s’occupait de délivrer les autorisations pour le transport du vin, appelées « congés ». Cette fonction a ensuite été supprimée et remplacée par des capsules apposées sur les bouchons des bouteilles de vin, appelées « capsules-congés ».


Autrefois, mon grand-père maternel, Albert Brossard, était boucher à l’emplacement actuel de la boucherie Fontquerni. Mon grand-père paternel, lui, s’appelait Léon Godefroy et était maréchal-ferrant, à l’emplacement de l’actuel brocanteur.

 

© Josiane Godefroy – Photo d’archive familiale

 

Mon récit rejoint les précédents témoignages, car il fut une époque où tous les Loubésiens se connaissaient entre eux. J’ai vu la commune passer de 2 500 à 3 000, puis à 3 500 habitants, et ainsi de suite. Je connais Mireille, Michel, Josette, Claudine… De fait, je peux vous raconter une partie de l’histoire de Saint-Loubès et de son évolution au fil du temps, depuis la guerre de 1939-1945 jusqu’à nos jours.


À l’époque de la guerre, les commerçants étaient des bourgeois. Mon grand-père maternel, le boucher, avait aussi une boucherie à Cavernes. Cavernes était un petit village à part entière, doté de commerces de proximité, comme une épicerie, une boucherie et, à ma connaissance, une quincaillerie. Le hameau du Truch, c’était pareil, mais dans une moindre mesure : il n’y avait, me semble-t-il, qu’une épicerie ?

À Cavernes, la digue n’existait pas encore et le petit village subissait régulièrement les assauts des crues de la Dordogne, au gré des marées. Les villageois se déplaçaient alors en barques.


Le bombardement du dépôt de carburant, le 7 août 1944, a été un événement marquant pour les habitants de Saint-Loubès, car il a fait une vingtaine de morts parmi les victimes collatérales. Le dépôt de carburant avait été bombardé par les Alliés pour ralentir la progression des Allemands. Lorsque l’on descend à Cavernes et que l’on emprunte la rue principale, la partie droite a été conservée, tandis que la partie gauche a été reconstruite. Le jour du bombardement, mon grand-père était descendu à Cavernes. Ce fut la panique dans le bourg de Saint-Loubès lorsque les habitants entendirent les bombes. Heureusement, Albert était sur le chemin du retour.

Pendant la guerre, les Allemands sont restés longtemps stationnés sur la place de l’Église de Saint-Loubès. Ma mère, alors âgée de 17 ans, rasait les murs pour rentrer chez elle. À cette époque, les filles étaient éduquées pour tenir une maison. Dans sa famille, qui comptait cinq enfants, dont un garçon, les filles apprenaient également la broderie, le tricot, la peinture ou encore le piano.

La vie était plus compliquée du côté de mes grands-parents paternels. À Noël, les enfants recevaient une orange ou une banane en cadeau. Pour améliorer leur quotidien, ils gardaient les vélos des habitants pendant les fêtes foraines. Il y en avait deux chaque année dans le bourg, sur la place de la Mairie :

  • la fête foraine de fin juillet ou de début août, selon le calendrier ;
  • la foire agricole, en février, avec l’exposition de machines-outils agricoles.

Les bals se tenaient quant à eux à la salle Max-Linder. Les jeunes filles devaient être accompagnées de « chaperons », des personnes de confiance chargées de les surveiller.

Il y avait également une fête foraine à Cavernes, début septembre, un peu avant le début des vendanges, qui avaient lieu vers le 15 septembre. Les vendanges étaient un événement dans la commune. Dans chaque propriété, elles se terminaient par une gerbe-baude (ou gerbaude), une fête marquant la fin des vendanges, au cours de laquelle les équipes et les propriétaires se réunissaient autour d’un bon repas. Il fut une époque où l’on élisait également « la Reine des vendanges ».

 

© Josiane Godefroy – Photo d’archive, la Reine des vendanges (1933)

 

À cette époque, les déplacements se faisaient essentiellement à vélo. Mon grand-père maternel, le boucher, effectuait quant à lui ses tournées en charrette tirée par un cheval. Il allait lui-même choisir ses bêtes à l’abattoir de Saint-Loubès, situé à l’emplacement actuel des services techniques de la mairie.

Mes grands-pères se rendaient régulièrement aux « Bains-Douches », situés en face de l’entrée du cimetière, à l’angle de la place de l’Église et de la rue attenante, aujourd’hui appelée « passage de l’Ancienne Halle ».


Mes parents se sont mariés le 22 août 1945 à l’église de Saint-Loubès (voir photo). D’après le récit de ma mère, l’église était belle et richement décorée, avec de magnifiques lustres. Dans les années 1970, le Vatican décida que les églises devaient être dépouillées de leurs décorations afin de se montrer plus accessibles à tous. Toutes les décorations furent alors enlevées.

 

© Josiane Godefroy – Photo d’archive familiale (1945)

 

Mon père, Henri Godefroy, a dirigé la fanfare de Saint-Loubès, la Lyre, pendant plusieurs années. À l’origine, il était musicien au sein de la Garde républicaine de Paris. Puis, touché par une grave maladie dont il a réchappé, il avait dû prendre sa retraite très tôt. L’utilisation des instruments à vent lui ayant été interdite, il s’était reconverti. Il a ainsi pu donner des cours de musique à Saint-Loubès et à Izon sur son temps libre.

 

© Josiane Godefroy – Portrait d’Henri Godefroy (1983)

 

Ma mère a quant à elle tenu le magasin de chaussures pendant 30 ans, de 1952 à 1982. À l’époque, les articles vendus étaient bien différents de ceux d’aujourd’hui. Si elle proposait des chaussures de ville, elle vendait aussi, et surtout, des chaussons en feutre, des charentaises, des sabots en bois et tous leurs accessoires : brides, guingassons (petits clous à tête plate) et patins en caoutchouc. On y trouvait également des sabots en cuir sur semelle de bois, des espadrilles, des bottes en caoutchouc, des chaussons à porter à l’intérieur des bottes, des cuissardes en caoutchouc (pour la pêche, les endroits marécageux…), ainsi que des chaussures de sport en tous genres…


Nous avons habité jusqu’à mes 4 ans sur la place de l’Hôtel de Ville, puis mes parents ont fait construire une maison chemin de Nice. À cette époque, la mairie occupait uniquement l’étage du bâtiment, tandis que le rez-de-chaussée accueillait un marché couvert tous les lundis. Des points d’eau étaient situés autour de la place, dont un à l’angle de l’avenue de la République et de la place de la Mairie (au coin du restaurant « Le Ferset », actuellement). Il y avait aussi des WC publics à l’angle de la mairie, ainsi qu’une prison. Autrefois, le garde-champêtre procédait parfois à des arrestations. Il mettait les malfrats « au frais », en prison, puis les gendarmes venaient les récupérer.

 

© Josiane Godefroy – Photo d’archive, place de l’Hôtel de Ville

 

La Poste se situait à l’angle de l’avenue de la République et de la rue de Comet. J’ai connu le bourg de Saint-Loubès, côté est, à l’époque où il s’arrêtait au niveau de la caserne des pompiers. Au-delà, sur la gauche, il y avait un petit bois qui s’étendait jusqu’à peu près à la moitié de l’actuelle bibliothèque. Un passage se trouvait en face de la caserne des pompiers et rejoignait directement la place de l’Hôtel de Ville (actuellement l’allée de Maître-Renault, ancien notaire de Saint-Loubès). Je l’empruntais régulièrement pour rejoindre ma grand-mère paternelle. Il en existait également un autre, le long des maisons, à l’angle de la place de l’Hôtel de Ville, au fond à gauche, qui menait jusqu’au petit bois.


Nous allions chercher du lait frais presque tous les jours chez la famille Salzac, qui habitait dans ce dernier passage. Nous avions un petit bidon en fer que les vendeurs remplissaient à la louche. Il fallait ensuite faire bouillir le lait avant de le consommer. La distribution de lait frais s’est progressivement arrêtée lorsque nous avons pu acheter du lait cru, conditionné dans des emballages en plastique, dans les commerces alimentaires.

Les anciens appelaient le petit bois « le Petit Nice ». Les gens allaient s’y promener le dimanche et les mamans y promenaient leurs bébés en landaus, car l’endroit était très agréable. C’est, je pense, de là que vient le nom de « chemin de Nice ». Au-delà, il y avait une belle demeure avec un parc, à l’emplacement actuel de la Coupole. En face se trouvaient le stade de football, des vignes et des moutons. De l’autre côté du carrefour, il y avait des vignes, des pépinières, des chais et quelques maisons éparses. La commune de Saint-Loubès était entourée de vignes. On en voyait à perte de vue, dans toute la région. Par ailleurs, autrefois, au bout de l’actuel chemin piétonnier de l’« impasse des Jardins », se trouvait la maison bourgeoise en pierre de l’acteur du cinéma muet Max Linder, d’où le nom de la rue.

 

© Josiane Godefroy – Photo d’archive, vendanges (1971)

 


J’ai vu l’école évoluer au fil du temps. À l’école élémentaire (actuelle école Jean-Paul-Toulet), nous étions séparés : il y avait des classes de filles et des classes de garçons. Nous nous retrouvions à la récréation. Une année, en raison de travaux effectués à l’école, j’ai eu classe au premier étage de la caserne des pompiers. Puis, à mon entrée au collège, en sixième, les classes sont devenues mixtes. Le collège était situé à l’emplacement de l’actuelle école Hector-Ducamp. C’était tout récent. Auparavant, les enfants partaient au collège, puis au lycée, à Libourne. Mon frère Hubert, de 15 ans mon aîné, y a effectué toute sa scolarité, du collège au lycée Max-Linder.

Pendant mon enfance, j’étais plutôt sportive. J’ai commencé par la danse classique. Les cours se tenaient dans la salle des mariages, au premier étage de la mairie. Le bureau de M. le Maire faisait office de barre d’exercice. Puis, j’ai pratiqué l’athlétisme dans deux clubs différents. Le mercredi, avec le collège, à Saint-Loubès, sous la conduite du professeur d’éducation physique, et le samedi, au stade Lachaize, à Ambarès, où le mari de Josette Dupuy nous entraînait. Les compétitions s’enchaînaient parfois le mercredi et le samedi. C’était devenu trop fatigant pour moi, si bien que, l’année suivante, j’ai décidé de changer de sport.

Je me suis donc tournée vers le handball. Il n’y avait pas de club à Saint-Loubès, mais à Montussan (EM, Équipe de Montussan). Cependant, nous nous entraînions à Saint-Loubès, derrière la caserne des pompiers, car la commune était mieux équipée. Puis, la commune de Saint-Loubès a fait construire le complexe sportif. Nous pouvions alors nous entraîner à l’abri de la pluie. Je suis restée assidue jusqu’à mes 18 ans, âge auquel, faute de participantes de mon âge, j’ai été contrainte d’arrêter. Mon frère, lui, a pratiqué le football, puis le rugby à Saint-Loubès. Il est devenu dentiste et s’est installé dans la commune. Son cabinet principal se trouvait au n° 4 de la place de l’Hôtel de Ville, et son cabinet secondaire à Montussan, au lieu-dit « La Poste ». Il a déménagé à Albertville en 1989, juste avant les Jeux olympiques de 1992.


Pour ma part, après avoir exercé différents métiers et déménagé à plusieurs reprises pour suivre mon mari dans ses mutations, un peu partout en France métropolitaine et sur l’île de La Réunion, je me suis essentiellement occupée de mes trois enfants. Je suis revenue à Saint-Loubès en 1998. Avec mon mari, Dominique Pautrot, j’ai repris l’ancien magasin de chaussures de ma mère.

 

Nous l’avons ensuite revendu à son ancien repreneur, M. Moreau, car nous avions développé notre activité en ouvrant un deuxième magasin au centre commercial Grand’Tour à Sainte-Eulalie. Je me suis investie dans l’Association des commerçants de Grand’Tour, dont je suis devenue présidente pendant un temps. Puis, en 2007, nous avons cessé notre activité. Mon mari a changé de profession pour devenir représentant en chaussures, tandis que je me suis occupée de notre petit dernier.

Puis, comme cela arrive à de nombreux couples aujourd’hui, nous avons divorcé et j’ai repris mon nom de jeune fille. Mon petit dernier est parti faire ses études supérieures à Soissons. Là-bas, il avait le mal du pays. Les vignes lui manquaient. On ne se rend pas bien compte, lorsqu’on vit tous les jours au même endroit, à quel point nous sommes profondément ancrés dans notre paysage. Il est rentré dès qu’il a pu.

Aujourd’hui, je suis à la retraite et, comme un retour aux sources, j’habite la maison de mes parents…


Josiane GODEFROY


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